Episode 1 : Mardi 29 octobre 2002, Eaubonne, 18 h 00.

Je termine les derniers préparatifs pour mon séjour dans le Lot. Comme l'année dernière, Serge CESARANO a organisé un stage de perfectionnement de plongée souterraine. Jean-Paul et moi y avions déjà participé, et je compte bien corriger les erreurs que j'avais commises.

En plus nous étions restés sur notre faim au Ressel.

 

Episode 2: Mercredi 30 octobre 2002, Eaubonne, 14 h 00.

Nous voilà partis. Le Picasso est chargé de deux bi 12 litres, notre matériel habituel de plongée et l'équipement d'éclairage. On a bien, en tout, 100 kg de matos.

Après quelques heures de route, nous arrivons à Rocamadour. Ville de remparts merveilleusement éclairés le soir. " Il faudra que je prenne une photo " dira Jean-Paul. Faute de temps, sa pellicule n'immortalisera jamais les lumières de la ville.

Serge est sur le point d'arriver et nous prenons possession des lieux sous la direction de la responsable du camping. Sanitaires et caravanes ne sont pas neufs mais feront l'affaire pour quelques jours. Nous décidons de dormir dans la grange, sur le foin. Une bâche et un matelas assureront largement notre confort pour la nuit.

 

Episode 3: Jeudi 31 octobre 2002, Rocamadour, 8 h 00.

Le reste du groupe est arrivé. On va pouvoir préparer son matériel de plongée. Notre plongée de réadaptation se fera sur Cabouy. C'est un puit assez tranquille qui se prolonge d'un long tunnel de plusieurs centaines de mètres. L'éclairage illumine la paroi et c'est avec un réel plaisir que je parcours ce tube dans sa longueur. J'aimerais pourtant sortir des sentiers battus, et aller voir ce qui ce passe plus haut ou plus au large. C'est la première plongée du stage et je m'efforce de rester dans le rail tracé par le fil d'Ariane.

Pierre-Eric me dira en sortant qu'il n'y avait aucun problème à ce que je pose mon fil pour tracer ma propre voie. Ce sera pour une prochaine fois.

Le retour aurait dû se passer sans problème, mais mon dévidoir tout neuf que j'étais tout fier d'emporter pour la première fois en plongée, et que j'avais fixé sur un anneau bas de ma stab, s'est malencontreusement pris dans le fil d'Ariane de la cavité. Lentement, j'essaie de le sortir de là, en vain. Je n'arrive pas à voir mon dévidoir tant je suis incapable de bouger avec tout ce matériel. Tant pis, je le démousquetonne, et je me déplace pour le voir. Après un bref démêlage, j'essais de le raccrocher, impossible. Il prendra désormais place sur un anneau haut de la stab, il ne s'agirait pas que le dévidoir de fil d'Ariane, fil de la vie, me joue un mauvais tour dans une prochaine plongée.

 

Episode 4: Vendredi 1er novembre 2002, Rocamadour, 9 h 00.

Ahhh ! Le jour est enfin arrivé où nous allons pouvoir aller voir ce qui se passe au fond du Ressel. J'avais fait cette plongée l'année dernière avec Jean-Paul, et nous n'avions parcouru que le 1er tunnel. La dernière cavité, la plus belle selon les dires de ceux qui ont eu la chance d'y pénétrer, nous était restée inconnue.

Nous, on pouvait pas y aller, bien sûr, on était trop petits !

C'est avec entrain que nous préparons les relais qui vont nous permettre, cette année, d'aller dans la cavité du fond, même ci cela nous rajoute encore du poids. La mise à l'eau se fait dans le lit d'une rivière, nous parcourons une cinquantaine de mètres en surface et nous arrivons face à une branche d'arbre sur laquelle est nouée une " ficelle ". Ce seul repère indique l'entrée de la grotte. Nous descendons presque à l'aveuglette en suivant le fil d'Ariane. La cavité s'éclaircie peu à peu et nous commençons notre marche dans ce boyau en respirant sur la bouteille relais. Peu après la bifurcation, nous déposons le relais. J'enroule et je mousquetonne le détendeur comme il se doit. Je reprends ma progression et… m…e, j'ai oublié de fermer ma bouteille. Petit signe à Jean-François notre moniteur pour lui faire part de mon oubli. Pas de problème il a vérifié les blocs lui aussi. Mais quel oubli ! Et si la bouteille s'était vidée, tout ça n'est pas très rassurant.

Nous arrivons à l'embranchement et Jean-Paul pose un mousqueton pour indiquer la sortie au retour. Oui, la sortie, Jean-Paul ! (Voir son récit ).

L'entrée dans la grotte tant attendue se fait comme par magie, nous dévalons les mètres et la conso augmente en conséquence. Mais quel régal pour l'œil. J'ai l'impression d'entrer dans la caverne d'Ali Baba. Tant de joyaux à portée de main.

Profondeur : -35 m. Allez, encore un peu. Je sais qu'il faudra bientôt rebrousser chemin et je respire lentement pour économiser l'air devenu soudainement si précieux.

-40 m. J'ai mis toute la puissance de mon éclairage. La découpe de la roche est tout simplement magnifique. C'est grandiose, je reste sans voix. Mes doigts glissent le long du fil d'Ariane.

-43 m. Je sais qu'on ne va pas tarder à faire demi-tour, et déjà Jean-François nous double pour stopper notre descente. Je parcours du regard la grotte et j'admire ce que peu de personnes ont pu admirer avant moi.

-45.7 m. Demi-tour, Jean-François nous fait redescendre de sur notre nuage et nous indique le chemin du retour. Je ne suis pas mécontent d'avoir attendu une année pour refaire cette plongée.

Nous prenons le chemin de la sortie. Parcours du long boyau et reprise des bouteilles relais (fermées). Nous sortons de la cavité, remontons dans l'eau trouble de la rivière et faisons surface, euphoriques.

Ah, qu'il est bon d'atteindre son but…

 

Episode 5: Samedi 2 novembre 2002, Rocamadour, 8 h 30.

Fond de quoi ??? Ce nom me dit quelque chose. Oui, Font del truffe. C'est pas une marre gadoueuse au milieu de nulle part ? Oui. L'année dernière, on avait déjà failli la faire, mais il y avait du monde et l'idée de plonger dans la boue ne nous plaisait guère. Serge, tu es sûr que c'est beau et qu'il y a quelque chose à voir là ? ... OK. Pourquoi pas.

Nous voilà donc en route pour Font del Truffe. Tout le matériel est à présent réglé et il suffit d'y aller…

Enfin, si on peut passer. Un gaillard me dépassant d'une tête est déjà sur place. Flanqué de son bi 18, il plonge la tête la première, c'est parti… Mais que fait-il, le voilà qu'il refait surface. Il n'arrive pas à passer et a beau essayer dans toutes les positions, son bi coince. Il renonce et ira plonger ailleurs.

A moi. Je m'équipe et tâche de m'imaginer le passage de l'étroiture. D'abord sur le ventre puis sur le côté. Je me concentre, c'est parti…

Le premier passage, OK. Je distingue à peine mes mains sur le fil. Le deuxième, OK. Je me retrouve dans une salle obscure, (pas un cinéma), et j'attends Gilles, mon moniteur. Le voilà, on poursuit.

Je commence ma progression, l'eau s'éclaircie rapidement pour devenir d'une limpidité à couper le souffle. Je suis le premier à passer ici et il n'y a pas la moindre particule en suspension. L'eau est cristalline et j'ai en fait l'impression qu'il n'y a pas d'eau et que je vole ...

La roche est parfois claire, parfois sombre. Les teintes jouent avec mon éclairage. C'est magnifique. Je parcours un long tube, le premier siphon du site (S1). Je dévore des yeux la beauté du lieu.

Nous arrivons au premier passage à sec. C'est un peu difficile de faire surface et d'escalader le mètre de roche qui me sépare du sol avec 40 Kg sur le dos. Le sol est glissant et rocailleux. Gilles court devant moi tandis que je souffre à chaque pied posé à terre pour pouvoir le suivre. Mais pourquoi j'ai pas pris mes baskets ?

Nous arrivons au S2 et repartons de plus belle. Curieusement, le paysage est différent, plus accidenté. Je longe le tube laissant derrière moi une traînée de bulles. Ca remonte légèrement et la galerie fait demi-tour. Je passe au dessus du tube et je vois des bulles sortir de la roche, preuve de notre passage.

Après un demi-tour à la sortie du S2, nage soutenue car Jean-Paul attend mon retour pour y aller à son tour, nous croisons Serge et Béatrice à la sortie du S1.

Je m'immerge, remet mes palmes et direction la sortie. L'eau redevient trouble, d'un jaune-marron glauque, il ne s'agit pas de perdre le fil. La première étroiture est là, je passe sans problème. La seconde m'attend et me coince, la bouteille frotte et bloque. Du calme, tu est rentré, tu ressortira. D'une main aveugle,je tâte la paroi pour en connaître la forme. Ici, ça a l'air plus large, je me déplace vers la droite. Je sens que je pourrai passer mais la force de mon palmage est insuffisante. Pour m'aider à remonter, je gonfle ma combinaison. Mais quelle idée de me grossir !!! Je décide de purger et c'est à ce moment que je sens du pied un appui, je pousse et pop ! je suis dehors.

Jean-Paul m'attend en dégustant une barre de céréales, tranquille.

Quelques petites recommandations et le voilà parti.

A lui de découvrir cette cavité qui ne nous attirait pas au premier abord et qui laisse découvrir tant de richesses une fois qu'on l'a explorée.

A méditer…

 

 Yann