LA PLONGEE SPELEO, C’EST TOP ! ! ! ! !

(Carte postale de Châtillon sur Seine, Côte d’Or)

 

J’y vais ? J’y vais pas ?

Maman, j’ai peur dans le noir ! ! ! ! ! ! ! ! ! ! ! ! !

Bon, si c’est comme ça et qu’en plus, tu n’arrives pas à mettre la tête sous l’eau, ce qui suit n’est vraiment pas pour toi, mon gars (ou ma " poulette "… bien qu’on dise aussi " meuf " en ce moment ; si, si, mon fils me l’a dit…).

 

PRELIMINAIRES

Toujours est-il qu’au détour d’une lecture de l’annuaire de la FEUFEUHEUSSEUSSEUMEU, chapitre Commission Plongée Souterraine, nous voilà piqués au vif de notre intérêt et inscrits à un stage d’initiation de 2 jours à la " Douix " (résurgence) :

Yann (qui bien sûr ne préviendra pas sa maman chérie adorée),

Jean-Paul (qui bien sûr oublie de prévenir sa grande sœur de Saint Quay-Portrieux –voir numéro précédent -,

et moi-même (qui bien sur prévient négligemment mon épouse et ma fille chéries adorées –mon fils n’est pas inquiet- que j’irais " une fois encore faire un petit ouiquende de plongée mais pas au bord de la mer ").

 

ACTE 1, scène 1

Se renseigner sur le " matos " spécifique nécessaire à ce genre d’incursions : doit-on préparer, bricoler, acheter, emprunter ?

Finalement la commission et ses encadrants prévoient le maximum en prêt ; il suffit donc de préparer une " stab " munie de 2 bouteilles de 12 litres : comme un " bi ", mais chaque bouteille reste indépendante : 2 détendeurs, 2 manos.

En effet, en plongée souterraine, compte tenu des aléas et des critères de sécurité, TOUT EQUIPEMENT EST EN DOUBLE ou en triple.

Il s‘agit donc de bricoler un système avec des sangles de " stab " ou de " back-pack " cannibalisées sur celles du club. Faisable, mais lourd : on se retrouve avec 40KG sur la colonne vertimbale, demandez à JP……L’essai en piscine valide le montage

 

ACTE 1, scène 2

Louer une combi 7mm semi-sèche pour les " peigne-culs " qui ne plongent pas déjà en étanche (Yann, arrête de ricaner) ; en effet on prévoit une eau, certes cristalline, limpide et pure, mais fraîche : 7 à 10°. Pour être à l’aise, les vieilles 5mm plus la souris ne suffisent plus pour être réellement à l’aise.

 

ACTE 1, scène 3

Lecture de la docu (relevés topographiques) pour bien se mettre les lieux en tête.

La résurgence se trouve au pied d’une falaise de 20m, elle provoque la formation d’une jolie vasque naturelle de 15m sur 30 environ, avec un léger courant. Pour le tracé intérieur du siphon, suivez le guide…

 

ACTE 2, scène 1

Samedi 20 Mai à 10h00, rendez-vous sur le terre-plein devant la résurgence et sa " vasque " d’eau ; comme prévu : limpide et fraîche.

Nous sommes 8 stagiaires pour 4 encadrants.

Explication du contexte, des buts à atteindre, des pré-requis, puis description des dangers potentiels (pédagogie quand tu nous tiens !).

On nous précise donc que nous allons faire une plongée dans une cavité de faible profondeur (17m au plus bas, donc sans paliers), de courte durée (20 à 25mn), avec une approche facile (pas de portage de matériel en spéléo " sèche ", et sans difficultés : pas de passages étroits, pas d’argile en sustentation, pas de courant, pas de labyrinthes. Bon, OK, ça colle, on ne demande qu’à voir, maintenant…

Présentation du matériel spécifique, tout en double : lampes + accus, bouteilles, détendeurs, manos, fil d’Ariane ;

et explication sur la façon de s’en servir : respirer de manière équilibrée sur chaque bouteille (10 bars puis changer, ou x respirations) ; toujours 2 lampes allumées simultanément pour ne pas rester dans le noir si l’une tombe en panne ; TOUJOURS TENIR LE FIL D’ARIANE d’une main et ne JAMAIS LACHER…

Pendant ce temps, le petit compresseur s’époumone à terminer le " chargement " des " bis " de 12, 15, voire 18 litres.

Nous nous harnachons pour parcourir les 50m qui nous séparent de la vasque : les gros balaises sont plus à l’aise que les petits euh.. moins balaises : P….., que c’est lourd !

 

ENTRACTE

Casse-croûte au bord de la Seine, qui n’est ici qu’une gentille rivière. Faut lester la bêêêête.

 

ACTE 3, scène 1

Plouf !, à l’eau ; un petit ¼ d’heure est nécessaire pour tester l’équilibrage : eau douce et équipement inhabituel ; pour moi, ce sera 3 Kg, l’accu de la lampe frontale fera office de 4è.

Les quelques spectateurs présents voient des grenouilles bizarres en train de brancher leurs lampes dans l’eau ; puis l’opération commence vraiment : plus le temps de se poser des questions, la " pétoche " éventuelle disparaît.

Chaque encadrant doit faire un aller-retour jusqu’à la " cloche " d’air n°2 avec un stagiaire. Les premiers partent, les autres patientent dans l’eau, sous la voûte de l’entrée du siphon, au pied de la falaise.

Une première palanquée (équipe de 2 dans ce cas) revient : c’est mon tour ! Go ! Go ! Go !

 

ACTE 3, scène 2

Waouh ! c’est vraiment frais…Un canard, on fonce tête en bas vers le noir, fil d’Ariane à la main, dans un boyau qui se rétrécit ; la lumière des " frontales " fait découvrir des parois rocheuses nues comme la main, ça n’a vraiment rien à voir avec la mer ou il y a toujours des organismes végétaux ou animaux accrochés à la moindre fissure…

Ah, ça y est je suis à –17m, à la première étroiture. On nous a dit de passer " le nez dans le gravier ", donc j’y vais… Ca racle un peu en-dessous, mais aussi sur le dessus, le casque cogne, les bouteilles ne passent pas, le mono pousse un peu, j’expire beaucoup et " ploc ! ", comme un bouchon, c’est décoincé, et je me trouve dans une galerie noyée de 2m de haut sur 2 de large.

Pas longtemps, car il y a un mur, je dois remonter en " cabrant ", un regard au mono qui confirme, je continue de monter, je passe devant un trou (le " trou du hibou ", voir plus loin), encore 2m et.. je me retrouve en surface, dans une " cloche " d’air (qui ne sent pas très bon, d’ailleurs). C’est comme une petite caverne pleine d’éboulis, 4 à 5m de plafond, la surface de l’eau fait 7/8m sur 2 ; un endroit bien particulier. En hauteur, j’entends Jean-Paul et son mono, qui ont décapelé, fait un peu d’escalade et qui discutent dans la salle supérieure, à l’étage au-dessus.

Mon mono m’explique que le trou devant lequel nous venons de passer nous servira à aller demain dans la galerie noyée principale et d’aller " au fond ". Signe OK, on repart vers la sortie, chemin à l’envers, toujours le fil en main, la galerie, l’étroiture, le mono demande d’éteindre les lampes frontales ; c’est le noir complet… non pas tout à fait dans le lointain, là-bas, à des kilomètres (disons 20-25 m), on voit une légère lueur… J’avance en crochant sur les cailloux (en général on essaye de ne pas trop palmer), je monte et.. je me retrouve dans la vasque, un sourire béat (et certainement idiot) aux lèvres : c’est fait…

Ah mais…oui, ça n’a duré que 15 mn ; que le temps passe vite là-dessous.

Ah mais…oui, il me reste beaucoup de bars ; on replonge ?

 

ACTE 3, scène 3

Je suis remonté avec 120 bars, j’en avais 200 au départ. En effet, pour assurer la sécurité maxi, la plongée souterraine, surtout pour les initiations, fonctionne selon la règle des 2/5 èmes : on divise la pression de départ (identique dans chaque bouteille) par 5 ; on utilise donc 40 bars à l’aller, 40 au retour. Le reste sert de sécu en cas d’indisponibilité d’une des 2 bouteilles ; à condition de bien gérer le stress, on peut " ressortir " sur ce qui reste dans une seule bouteille, en préservant les marges de sécu. Evidemment, ça change des plongées Mer Rouge ou on met presque un point d’honneur à sécher le bloc dans la zone des 5 m.

Donc non, on ne replonge pas tout de suite

D’ailleurs, avec tout ça, il est tard, c’est à dire l’heure de l’apéro à…l’hôtel de la Montagne

 

ENTRACTE 2

Dîner et nuit et petit déjeuner au-dit hôtel

 

ACTE 4, scène 1

Le compresseur ronronne, les consignes sécu sont répétées, car cette fois nous nous engagerons dans la galerie principale, jusqu’à 180m de l’entrée, après le passage du trou du hibou-hou-hou.

Le trou du hibou, malgré son diamètre de 80cm, ne présente pas de difficultés particulières. C’est juste après que ça se corse (comme on dit à Galéria). Je résume : contorsion à droite, tête en bas sur 2m, le nez dans le gravier, les bouteilles vont frotter, on cabre vers le haut et on remonte, c’est normalement passé ; puis , dans la grande galerie, pas ou peu de palmage pour éviter la " patouille " (la glaise remuée à l’aller pourrait rendre le retour délicat).

 

ACTE 4, scène 2

Comme la veille, départ de la vasque, je pars dans la deuxième palanquée (chance ! à moi l’eau limpide) ; descendre, on racle le gravier, le nez dedans pour passer la première étroiture, on continue, on remonte et on se trouve devant le " trou ".

J’y vais ? Vraiment ? Oui, qu’y dit le monsieur… Bon ; à droite, tête en bas, encore le menton dans le gravier, je m’engage dans le truc, là, qui est vraiment pas haut, et… je bloque ! Maman ! Si tu voyais ton fils ! Calmos, calmos, je suis là juste pour le plaisir, donc il faut réfléchir… Ah oui, expirer… et puis, je sens une poussée sur mes bouteilles, RAAAAACLE bien la paroi, et hop, je suis en suspension dans la grande galerie…

Que c’est beau ; et un peu inquiétant à la fois : 3m de haut, 4-5 de large, et alors en longueur… la lumière des lampes ne montre pas le fond.

Paysage complètement minéral, avec quelques drapures de pierre, des arêtes, quelques blocs, mais tout cela est étrangement doux à regarder, un peu hypnotisant, donc on DOIT aller voir au bout…Et cette limpidité extraordinaire, fascinante…

Je change de détendeur et la progression commence, sans palmer, une main sur le fil, l’autre assure l’avance en s’accrochant aux roches. Attention, une plaque de glaise qu’il ne faut pas remuer, sinon les suivants me maudiront !.

Je change régulièrement de détendeur, je regarde tout aussi régulièrement mes manos, et aussi mon mono, il faut bien le dire.

La galerie se rabaisse, on passe en " aérien " sur une petite dune de glaise, et je finis par bien distinguer un éboulis qui ferme le fond, ou se trouve déjà la première palanquée. Pas question de trop s’approcher du fond, car des blocs tombent régulièrement (-> chocs et patouille qui s’ensuivent, bonjour l’ambiance) et on ne doit pas tenter le diable.

Un coup d’œil aux manos, pile 160bars, je change encore de détendeur.

Nous faisons donc demi-tour, et nous revenons sur la droite, par une petite galerie parallèle de 1m20 de diamètre environ et de 15m de long, qu’il faut parcourir obligatoirement sans rien toucher (d’ou l’importance du lestage et du poumon-ballast), car elle est visiblement tapissée de glaise : en dessous, sur les côtés, et au-dessus (même les bulles d’air provoquent de petites chutes de glaise). Après une dernière inspiration qui me fait m’envoler et un virage à gauche , je suis de retour dans la galerie principale, il est temps de changer de détendeur, de vérifier la pression (on y pense tout le temps !).

Au retour, nous croisons la troisième palanquée. De retour à l’étroiture avant le " trou ", je vois une paire de palmes qui s’agitent : un des membres de la première palanquée a du mal a passer : c’est un de nos monos ; il faut dire qu’il est équipé d’un bi 2x18litres !!!. Mon mono va l’aider à trouve la position idéale, et ca passe…

Nous suivons, menton dans le gravier, expiration maxi, je cabre vers le haut, me contorsionne sur la droite et je re-passe le trou à l’envers. La suite vous connaissez, et au bout de 2-3 minutes, lampes éteintes à l’approche de la sortie, je commence à distinguer ce petit coin de lueur grisâtre, en haut à droite, qui annonce la sortie.

Re-sortie de l’eau dans la vasque, re-sourire encore plus béat.

Eh ! il reste 120 bars, on y retourne ?

 

ACTE 4, scène 3

Oui, il est 11h, et pour ceux que ça tente, on peut retourner jusqu’à la cloche d’air, pas plus loin, car 120/5 = 24bars d’autonomie aller. Pour la description, voir Acte 3, scène 2, sauf que le retour se fera lampes éteintes, dans le noir complet, pour bien s’habituer à sentir et suivre le fil d’Ariane. Bizarre, comme impression, de ne plus rien voir du tout ; d’ailleurs, on garde instinctivement les yeux fermés. Tiens, je coince, ah oui, ce doit être l’étroiture d’entrée (ou de sortie), dont le passage dans ce sens est facilité par le léger courant (on se sent propulsé), et puis juste après, en haut à droite, cette légère lueur grisâtre qui annonce la fin du cauchem… mais non !, du PLAISIR (un peu maso ?) de plonger en souterrain…………. !

Que le retour à la lumière du soleil est doux et chaud, que les impressions laissées par ces galeries noyées et silencieuses sont bizarres et prenantes ! ! ! ! ! ! !

 

ACTE 4, scène 4

On débriefe, on range le matos, on échange les impressions, l’encadrement, très pédago, laisse les langues se délier avant d’apporter les précisions et conseils d’usage.

 

ACTE 5, scène 1

L’heure de l’apéro, du déjeuner à l’hôtel de la Montagne, et du retour…

 

FINAL

ON Y RETOURNERA, mais il faudra d’abord travailler la technique du fil d’Ariane, se fabriquer un casque-lampes (voir Yann), et penser à prévenir Maman Bisselbach qu’en fait la plongée c’était de la spéléo (Yann), donner un coup de fil à Saint-Quay Portrieux pour rassurer la grande sœur (Jean-Paul), et moi préciser à ma Christine et à ma fille que finalement, c’est pas dangereux si on fait attention.

La plongée souterraine, en gros, c’est comme une plongée de nuit en mer, sauf qu’on ne peut pas remonter " comme ça ". Ce qui implique une concentration extrême sur les procédures redondantes de sécurité (une fois de plus !).

ERIK FOUQUART