LA DOUIX, PREMIERE

 

 Chatillon-sur-Seine en Côte-d’Or, c’est le pays de ma naissance ; les sources de la Douix, site touristique du lieu, m’ont vu depuis longtemps faire le pitre en équilibre sur le petit barrage de pierres qui retient l’eau de la vasque ainsi crée au pied de la falaise. Lorsque j’ai appris que s’y déroulaient des stages d’initiation de plongée souterraine, c’était trop beau !

Alors je vous raconte ma première plongée dans le trou noir qui m’a fait fantasmé depuis mon plus jeune âge.

On y va, j’allume mes lampes fixées sur mon casque. J’ai choisi, sans le faire exprès, la deuxième faille plus étroite pour descendre ; mon guide : Serge Césarano, me suit. Mes épaules touchent presque, et les bouteilles cognent un peu ; ça commence pas mal dans le genre claustro !

Les lampes éclairent soudain un poisson (une truite sans doute) descendant verticalement. Vers 15 mètres le sol apparaît, un tapis de gravier, et qui mène, comme annoncé à une étroiture en voûte tout en bas de la paroi. Ca doit le faire !

Un petit signe à mon guide, et j’y vais. Je sens immédiatement le courant qui augmente en approchant ; je m’incruste dans le trou, et … ça coince. Je gigote, je tire avec mes bras ancrés derrière, mais rien n’y fait. Je sens une poussée au niveau des bouteilles, Serge veut absolument que je passe, et tente de m’y forcer. Toutefois, je suis calme, et pense même à maîtriser ma respiration ; de toute façon je peux reculer, et c’est ce que je fais.

Un signe d’impuissance à Serge, et il me répond en me mimant " la gueule dans le gravier ". Il est vrai que si j’ai la gueule dans le gravier, cela doit mieux se passer au niveau des bouteilles en haut sur le dos. C’est parti !

Je rentre le train d’atterrissage, les manos, je compresse ma stab sur le ventre, et youpi dans le gravier. Je vois les petit cailloux rebondir sur mon détendeur, et ça coince encore mais je suis plus loin, et avec un peu de bras, hop, me voilà passé. C’est facile qu’ils disaient ! bon d’accord sans doute pour nous rassurer.

On arrive dans une salle où la voûte est assez basse ; suivi du fil, un petit coup d’œil au plafond et dans les coins. Quelques mètres plus loin et cela remonte nettement dans une cheminée (assez large, … hof …2 mètres !). Le fil d’Ariane et la chaîne passent par un beau trou bien circulaire ; Serge me fait signe, et je comprends qu’il s’agit du fameux " trou du hibou " qui permet de continuer plus loin dans la cavité. A ce moment là je viens juste de contrôler mes manos et de voir qu’il est temps de changer de détendeur ; je reprend le mien, et l’autre se met brusquement à fuser à donf. Je le retourne, je le tape, j’essaye de le boucher, rien n’y fait. Serge s’y met, pas mieux ; au passage je tire un petit coup sur la purge rapide de la stab, car la remontée commençait à se faire menaçante. Cela se calme brusquement, Serge vient en fait de me fermer ma deuxième bouteille (merci Sainte redondance !). Au passage j’ai perdu 50 bars (adieu les 4/5 : règle de sécurité de consommation), et je fais signe à mon guide : demi-tour ? là on oublie un peu la théorie, et on passe à la pratique avec expérience : il me fait signe de continuer à monter. Je sais que l’on doit arriver dans une salle émergée, et effectivement (c’est magique !) on y arrive.

Après un petit moment là, il me demande d’éteindre tout, car il y a une deuxième équipe qui arrive en dessous ; et c’est vrai que dans le noir total, commencer à distinguer les faisceaux des lampes arriver des tréfonds, c’est beau !

Ensuite il me propose de décapeler, et de grimper en libre dans la grande salle au-dessus de nous. D’abord peu décidé à retirer tout le matos pénible à mettre, je décline en disant qu’on le fera demain. Oui, mais demain est un autre jour, et le programme différent : aller jusqu’au bout des 180 mètres inondés. Je me dis que c’est maintenant où jamais et j’accepte finalement. Un petit peu de gymnastique pour quitter tout l ‘encombrant matériel, que l’on ne laissera pas flotter bêtement au risque qu’un petite fuite sournoise ne nous entraîne notre réserve de vie à moins quinze mètres en bas (l’apnée souterraine, on verra ça une autre fois !). Je garde le casque avec ma lampe de secours et hop un peu de varappe ! C’était pas mal, mais un peu glissant !

A la descente, Serge s’est payé un petit saut à la canyoning, avec voltige de casque à l’arrivée, et fracas résonnant dans la caverne, superbe !

On reéquipe, et c’est reparti. En repassant devant le fameux trou du hibou, Serge s’y engage (c’était pas prévu au programme !) ; le trou est facile car bien rond et lisse, mais derrière, il y a une faille en " V " et en " chicane " sur la droite. Serge passe non sans racler sur tous les côtés (un bi 18 litres c’est pas mince ! Serge non plus !). Je le suis, en pensant à bien me tasser vers le bas, bien qu’étant une nouvelle fois attirer par le haut semblant plus large ; c’est OK. Un petit coup d’œil, et retour (pensons à l’autonomie !).

Serge m’a demandé d’éteindre tout une fois dans la salle du bas, et de faire le retour dans le noir, en suivant uniquement le fil d’Ariane. OK, euh ... c’est noir ! vraiment noir. Je ferme même les yeux, car j’ai l’impression d’être plus concentré sur le fil. Plusieurs mètres et une ou deux minutes plus tard, et je me retrouve avec le fil et aussi la chaîne qui repart à 90°, j’hésite, et finalement je rallume mes lampes ; nous sommes en fait tout près de l’étroiture de la sortie. Cette fois je me prépare d’emblée : on rentre tout et hop , la gueule dans le gravier !

Cette fois le courant est un allier, et ça passe " nickel " (ça frotte quand même un peu !).

Dès ce passage, on distingue en haut le jour de la sortie (bleu foncé). C’est le moment d’éteindre une nouvelle fois les lampes, et de profiter de notre remontée lente ( 17 m/mn d’après les spécialistes) en regardant ce jour s’éclaircir petit à petit comme l’aube d’un matin en accéléré.

Comme toute fin de plongée, se mélange un sentiment de soulagement (fin des risques) et de frustration (fin du beau et de l’intense). Je réduis ma vitesse, j’arrondis l’arrivée dans la vasque, et je continue dans 80 cm d’eau en reculant le plus possible le moment où je sortirai la tête de l’eau. Mais l’envie de faire signe à ma famille, qui attendait cette première, me tire de cet état. Je sors le masque, un signe …. c’est fini … c’était beau !

 Jean-Paul